Exposés de politiques

AMStrength

Rapport 2021 sur la formation AMStrength


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Contexte

La nature des fonctions exercées par les membres du personnel de la sécurité publique (PSP) augmente le risque qu’ils vivent des événements potentiellement traumatiques sur le plan psychologique (ÉPTP) pouvant entraîner des troubles émotionnels ou comportementaux qui nuisent à leur fonctionnement professionnel1. Certains groupes identifient un sous-ensemble d’ÉPTP comme étant des incidents critiques; cependant, on remarque une importante différence concernant quels ÉPTP pourraient représenter des incidents critiques pour quels groupes de professionnels2. La diversité pourrait contribuer à expliquer les résultats disparates en santé mentale liés aux activités conçues afin d’atténuer les effets des ÉPTP chez les membres du PSP3. Une étude pancanadienne auprès des membres du PSP a indiqué que 54,6 % des membres du personnel correctionnel ont obtenu un test positif pour un, ou plus d’un, trouble de santé mentale, un taux statistiquement beaucoup plus élevé que le taux de diagnostic chez la population générale. La même étude a indiqué que les membres du personnel correctionnel étaient les plus susceptibles d’obtenir un test positif pour trois ou plus différents troubles3. Une étude subséquente a démontré que la plupart des agents correctionnels (AC) travaillant au sein des prisons (soit, 57 %) ont aussi obtenu un test positif pour un, ou plus d’un, trouble de santé mentale4.

Tous les membres du PSP font face à des défis professionnels uniques qui peuvent avoir un effet sur leur santé mentale et nuire à leur capacité de les gérer. Parmi les AC, plusieurs facteurs semblent avoir un impact sur leurs symptômes de santé mentale, notamment, l’état physique des prisons5, les problèmes de sécurité6, le travail par quart7, l’intimidation ou le harcèlement8, ainsi que le stress cumulatif lié aux tâches apparemment anodines, comme les tâches administratives9. Les facteurs de stress professionnel affectent aussi des éléments autre que la santé mentale, comme l’absentéisme ou une faible satisfaction de l’emploi, ainsi que les facteurs organisationnels tels que les coûts financiers.10, 11

Un manque important existe dans les programmes visant à atténuer les problèmes de santé mentale liés à la profession, auxquels font face les AC. En 2015, la Commission de la santé mentale du Canada s’est associée avec Service correctionnel Canada (SCC), afin de mettre en œuvre des programmes de formation en santé mentale pour le personnel correctionnel. Les programmes visent à promouvoir le bien-être en réduisant la stigmatisation liée à la santé mentale et en enseignant des techniques de gestion de stress. Dès 2019, près de 80 % du personnel de SCC avaient suivi au moins une formation12; néanmoins, les AC continuent de rapporter des symptômes de santé mentale à des taux qui méritent une attention immédiate. Atténuer les problèmes de santé mentale liés à la profession auxquels font face les membres du personnel correctionnel pourrait demander un ensemble varié de programmes et davantage d’études, tous adaptés aux besoins particuliers des AC au Canada.


Introduction à la formation initiale AMStrength

Trounson et al.13 ont développé, en Australie, le programme Advanced Mental Strength and Conditioning (AMStrength), un programme de formation psychoéducative pour les AC, et l’ont ensuite adapté au contexte canadien12. Le programme de préemploi est conçu afin d’apprendre aux recrues à surveiller et à gérer leur santé mentale à l’aide de techniques d’adaptation spécifiques. Les sept modules du programme AMStrength, d’une durée de deux heures chacun adoptent une approche interactive conçue afin d’encourager les stagiaires à participer activement à leur apprentissage13. Les stagiaires doivent s’exercer à reconnaître leur état de santé mentale et à utiliser les techniques appropriées durant la formation afin d’atteindre l’objectif à long terme, soit d’appliquer avec succès les techniques tout au long de leur carrière.

Le programme AMStrength utilise une approche éclectique qui inclut des techniques et des perspectives fondées sur des données probantes de la thérapie de l’acceptation et de l’engagement, de la thérapie cognitive comportementale, de la thérapie comportementale dialectique, de la psychologie de la santé, et de la psychologie positive14, 15. La formation AMStrength fait partie du programme de formation en santé mentale des employés de SCC. D’autres composantes incluent une formation initiale offerte à tous les nouveaux employés de SCC, une formation de remise à jour, et une séance d’information pour les membres des familles.


Évaluer la formation initiale AMStrength et les orientations futures

À ce jour, aucune évaluation clinique du programme de formation AMStrength auprès des recrues parmi les AC n’a été publiée. Le matériel du programme ne comporte aucune référence, ce qui empêche de déterminer le raisonnement fondamental derrière certaines composantes spécifiques. Davantage de recherche est nécessaire afin d’informer la livraison à grande échelle de la formation AMStrength aux recrues qui ont complété le programme de formation correctionnelle (PFC).

De futurs chercheurs indépendants devront évaluer et optimiser le programme AMStrength pour les AC au Canada, et pour le personnel correctionnel de façon plus générale. Les méthodes d’évaluation possibles comprennent : (a) un plan d’expérience évaluant l’efficacité avant et après la formation AMStrength; ou (b) une révision systématique du contenu et l’examen du contenu à l’aide de la méthode Delphi. Un plan d’expérience pourrait évaluer directement l’efficacité du programme en ce qui concerne les résultats escomptés, une étape essentielle, mais qui demanderait des investissements importants de ressources. La révision systématique du contenu à l’aide de la méthode Delphi représente une option intérimaire sans doute plus rapide et moins dispendieuse pour examiner les composantes de l’AMStrength et renseigner sur les effets probabilistes de la formation. Nous recommandons aux chercheurs d’effectuer des évaluations rapides ainsi que des évaluations approfondies.


Bibliographie

1American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). American Psychiatric Association.

2Canadian Institute for Public Safety Research and Treatment [CIPSRT] (2020). Glossary of Terms: A Shared Understanding Of The Common Terms Used To Describe Psychological Trauma (Version 2.1). Regina, SK: CIPSRT.

3Carleton, R. N., Afifi, T. O., Turner, S., Taillieu, T., Duranceau, S., LeBouthillier, D. M.,… & Asmundson, G. J. G. (2018). Mental disorder symptoms among public safety personnel in Canada. The Canadian Journal of Psychiatry, 63, 54-64. https:/doi.org/10.1177/0706743717723825

4Ricciardelli, R., Taillieu, T., Carleton, N. R., Afifi, T., Mitchell, M. M., Barnim, N., et al. (2019). Correctional Work, wellbeing and mental health disorders. Adv. Correct. J. 8.

5Bierie, D. M. (2012b). The impact of prison conditions on staff well-being. International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, 56, 81–95. https://doi.org/10.1177/0306624×10388383

6Arnold, H. (2017). The psychological and emotional effects of prison on prison staff. In J. L. Ireland, C. A. Ireland, M. Fisher, & N. Gredecki (Eds.), The Routledge international handbook of forensic psychology in secure settings (pp. 283–299). Routledge. https://doi.org/10.4324/9781315673073-21

7Ricciardelli, R., Carleton, R. N., Gacek, J., & Groll, D. L. (2020). Understanding needs,

breaking down barriers: Examining mental health challenges and wellbeing of correctional staff in Ontario, Canada. Frontiers in Psychology, 11, 1036. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2020.01036

8Ricciardelli, R., Czarnuch, S., Carleton, R. N., Gacek, J., & Shewmake, J. (2020). Canadian public safety personnel and occupational stressors: How PSP interpret stressors on duty. International Journal of Environmental Research and Public Health17, 4736. https://doi.org/10.3390/ijerph17134736

9Carleton, R. N., Afifi, T. O., Taillieu, T., Turner, S., Mason, J. E., Ricciardelli, R., … & Griffiths, C. T. (2020). Assessing the relative impact of diverse stressors among public safety personnel. International Journal of Environmental Research and Public Health17, 1234. https://doi.org/10.3390/ijerph17041234

10Lambert, E. G., Reynolds, K. M., Paoline III, E. A., & Watkins, R. C. (2004). The effects of occupational stressors on jail staff job satisfactionJournal of Crime and Justice27, 1-32. https://doi.org/10.1080/0735648x.2004.9721627

11Norman, M., & Ricciardelli, R. (2021). Operational and organisational stressors in community correctional work: Insights from probation and parole officers in Ontario, CanadaProbation Journal, 0264550520984253. https://doi.org/10.1177/0264550520984253

12Mongrain, S. (2019, September). Creating an impactful mental preparedness training at the correctional service of Canada: A consideration for pedagogy. Asian and Pacific Conference of Correctional Administrators, Newsletter, 47, 12–16.

13Trounson, J. S., Pfeifer, J. E., & Ogloff, J. R. P. (2016). Advanced mental strength and

conditioning (AMStrength). ForenSciTech Pty. Ltd

14Ricciardelli, R., & Adorjan, M. (2020). Correctional officer training: Opportunities and

challenges of the AMstregnth Program in Canada. Journal of Forensic Psychology Research and Practice, 1-21. https://doi.org/10.1080/24732850.2020.1829445

15Trounson, J. S., & Pfeifer, J. E. (2017). Correctional officers and workplace adversity: Identifying interpersonal, cognitive, and behavioral response tendencies. Journal of Correctional Health Care, 23, 437–448. https://doi.org/10.1177/1078345817720923


Rapport préparé par : Rachel Krakauer, MA

Édité et révisé par : Dr R. N. Carleton, Dre R. Ricciardelli, et Dr N. Jon

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