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A propos de cette discussion
Dans l’exercice de leurs fonctions, les membres du personnel de la sécurité publique sont régulièrement exposés à des traumatismes, ce qui peut entraîner des problèmes de santé mentale, comme la dépression, l’anxiété ou d’autres blessures de stress post-traumatique (BSPT).
Les pompiers qui luttent contre les incendies de forêt font face à des facteurs de stress et à des enjeux particuliers, notamment l’exposition prolongée à des conditions dangereuses et extrêmes, l’épuisement et le surmenage à cause des longues journées, exigeantes physiquement et pauvres en sommeil, des risques de santé liés à la fumée et à l’exposition à des substances chimiques, de la solitude et l’isolement pendant de longues périodes passées loin de leurs proches et de leur communauté.
L’année 2025 a connu la deuxième pire saison enregistrée au Canada, et les climatologues nous préviennent que voir deux saisons de feux extrêmes de suite devient le nouveau normal, augmentant la pression sur les pompiers et les autres membres des services d’urgence.
Lors de cette table ronde nous examinerons :
- Les enjeux et les facteurs de stress particuliers auxquels font face les pompiers forestiers.
- Les croisements entre la lutte, structurelle et forestière, contre les incendies de forêt ou de végétation.
- Les mesures que mettent en œuvre les experts en mieux-être afin de soutenir la santé mentale des pompiers forestiers.
- Les appels pour une réponse aux incendies à l’échelle nationale, et pour des soutiens en santé mentale pour les pompiers forestiers et le personnel d’urgence, et pour l’intégration des principes autochtones de gestion des feux à la lutte contre les incendies de végétation.
4 décembre 202
*Citation de Luke Santore, « The Silent Mental Health Crisis on the Frontlines of Fire », Mountain Journal, 25 juin 2025. [En anglais]
Panélistes
Erik Hanson
Gestionnaire de programme, programme de Gestion du stress à la suite d’un incident critique (GSIC), Services provinciaux de la lutte contre les incendies de forêt, de la Colombie-Britannique
Ancien pompier forestier, Erik Hanson occupe le poste de gestionnaire du programme de Gestion du stress à la suite d’un incident critique (GSIC) pour les services provinciaux de la lutte contre les incendies, de la Colombie-Britannique. Erik est formateur en GSIC, une norme reconnue à l’échelle internationale pour un entretien spécialisé et pour soutenir la santé mentale à la suite d’une situation traumatisante. Il est également formateur pour le programme Objectif résilience pour les pompiers et les pompières forestiers, en anglais, développé en collaboration avec l’Association canadienne pour la santé mentale.
Ken McMullen
Chef des pompiers, Service d’incendie de Red Deer, Services d’urgence
Ken McMullen est le chef des pompiers du Service d’incendie de Red Deer et des services d’urgence, président du conseil d’administration de l’Association canadienne des chefs de pompiers, ainsi que membre et ancien coprésident du Comité directeur en sécurité publique de l’Institut canadien de recherche et de traitement en sécurité publique (ICRTSP). Ken a aussi servi à titre de directeur de la division canadienne de l’International Association of Fire Chiefs (IAFC), où il continue de collaborer aux modifications législatives et à la promotion d’initiatives concernant les services d’incendie. En 2020, Ken a reçu le Prix Career Fire Chief of the Year, ainsi que le Prix du président de l’International Association of Fire Chiefs en 2022, en reconnaissance de son plaidoyer incessant pour offrir des soutiens en santé mentale aux premiers intervenants.
Brett Pituka
Formateur et directeur des accréditations, Conseil national autochtone de la sécurité-incendie
Brett Pituka est un éducateur passionné, un paramédic et un défendeur de l’éducation culturellement inclusive en santé et en sécurité. Détenant une maîtrise en éducation en Apprentissage des adultes et en Transformation du Globe de l’Université de la Colombie-Britannique, et plus de vingt ans d’expérience en soins de santé et en éducation, Brett se dévoue à encourager des environnements d’apprentissage qui autonomisent les personnes et les communautés. En tant que directeur de la formation pour le Conseil national autochtone de la sécurité-incendie (CNASI) Brett supervise le développement d’une académie sur la lutte contre les incendies centrée sur les Autochtones, et a fait des présentations lors de conférences nationales. De plus, Brett a conçu et donné une formation sur mesure pour les paramédics et les pompiers, en se concentrant sur l’autochtonisation du curriculum. Développer des simulations de formation très réalistes, procurer aux communautés autochtones des soins de santé adaptés à leur culture, et collaborer avec différentes communautés dans sept pays pour offrir des soins de santé et des programmes d’autonomisation adaptés à la culture, ne sont que quelques-uns des points marquants de la carrière de Brett.
Dre Shannon Wagner
Doyenne et vice-présidente (enseignement supérieur)
Université Thompson Rivers
Dre Shannon Wagner a consacré la majeure partie de sa recherche à étudier le stress traumatique en milieu de travail, particulièrement en ce qui concerne les premiers intervenants, et elle spécialisée sur les risques à la santé mentale de la lutte contre les incendies de forêt. Elle a été la première doyenne de la faculté des Sciences humaines et de la santé à l’Université du nord de la Colombie-Britannique, et professeure de longue date à l’École des sciences de la santé. Entre 2000 et 2021, elle a occupé divers postes universitaires et en enseignement. Dre Shannon est également psychologue agréée et possède un savoir-faire en évaluation neuropsychologique au travail. Elle est doyenne et vice-présidente (enseignement supérieur) à l’Université Thompson Rivers, en Colombie-Britannique.
Facilitatrice :
Kara Vincent
Courtiére de connaissances
l’Institut canadien de recherche et de traitement en sécurité publique (ICRTSP)
Ce qu’on a appris
Objectifs
Lors de cette discussion virtuelle, les panélistes Erik Hanson des Services d’incendie de la Colombie-Britannique, Ken McMullen des Services d’incendie de Red Deer et de l’Association canadienne des chefs de pompiers, Shannon Wagner de l’Université Thompson Rivers, et l’animatrice Kara Vincent de l’ICRTSP ont examiné les enjeux particuliers de santé physique et mentale. Ils ont aussi abordé le stress vécu par les pompiers forestiers et les membres du personnel de la sécurité publique (PSP) engagés dans des interventions en cas de feux de forêt. Les panélistes ont également discuté du recoupement croissant entre les services de pompiers forestiers et les services de pompiers municipaux, des efforts déployés pour intégrer les pratiques autochtones et les savoirs en matière de réponse aux feux de forêt, et ils ont formulé des recommandations pour soutenir la santé mentale du PSP.
Messages clés à retenir
- La saison des feux de forêt de 2025 a été la deuxième pire enregistrée au Canada, et a entraîné la relocalisation d’un nombre disproportionné de personnes et de communautés autochtones.
- Les pompiers forestiers autochtones font face à des obstacles et à des enjeux particuliers ; et les pratiques traditionnelles en gestion des incendies autochtones contribuent de manière importante à la prévention des feux de forêt.
- Les aspects particuliers de la lutte contre les feux de forêt, comme les déploiements saisonniers et à long terme, l’isolation sociale, et l’exposition prolongée à des conditions dangereuses et extrêmes, méritent davantage de recherche afin de développer des soutiens efficaces en santé mentale pour les pompiers forestiers.
- Les pompiers de bâtiments et municipaux, dont plusieurs sont volontaires, doivent de plus en plus répondre à l’empiètement des feux de forêt dans les régions urbaines et dans les banlieues. Cela augmente énormément la durée et l’intensité de leur service, ce qui a un impact important sur leur santé mentale et physique. Les appels se multiplient pour la création d’un organisme national de gestion des incendies qui permettrait de coordonner conjointement la lutte contre les feux de forêt et les incendies de bâtiments, partout au Canada.
- Remédier à la stigmatisation liée à la santé mentale en offrant des soutiens accessibles et en normalisant la demande d’aide peut aider à inscrire le bien-être comme norme de pratique au sein des cultures professionnelles du PSP.
Acte recognitif
La séance a débuté en reconnaissant que la saison des feux de forêt 2025 a forcé l’évacuation de plus de 85 000 personnes au Canada, dont 45 000 habitaient dans 73 communautés des Première Nations. Dans un communiqué de presse, Sécurité publique Canada mentionne : « Ces données représentent les expériences vécues de milliers de personnes, notamment de familles ayant dû quitter leur domicile, de communautés ayant uni leurs efforts et d’intervenants ayant travaillé d’arrache-pied pour sauver des vies et protéger des biens. »
Principaux thèmes de la discussion
Les enjeux de santé mentale particuliers de la lutte contre les feux de forêt
On effectue beaucoup plus de recherches sur l’impact de la lutte contre les incendies de bâtiments et municipaux que sur la lutte contre les feux de forêt. Bien qu’on puisse tirer plusieurs enseignements de cette base de données, la lutte contre les feux de forêt comporte plusieurs aspects distincts, notamment la nature saisonnière, le déploiement sur le terrain et les conditions de vie connexes, l’isolation sociale et la solitude, la nature de longue durée et « extrême » de l’emploi, ainsi que le manque de sommeil. Le rythme peut paraître incessant alors que la saison des feux s’allonge, tout comme le déploiement. Les pompiers doivent souvent lutter contre des feux au sein de leurs communautés en même temps qu’ils doivent gérer la perte de leur propre propriété. On doit effectuer beaucoup plus de recherche sur les aspects distincts de la lutte contre les feux de forêt afin de développer des soutiens en santé mentale efficaces et appropriés.
L’impact particulier sur le personnel autochtone de la sécurité publique
Les enjeux juridictionnels sur la gouvernance et la formation peuvent nuire à l’inclusion des pompiers forestiers autochtones dans les efforts provinciaux et interprovinciaux de lutte contre les feux de forêt.
Les pompiers forestiers autochtones rapportent du racisme au travail et un mépris du savoir et des traditions autochtones en matière de la gestion des feux et du territoire. De plus, pour les pompiers forestiers autochtones qui considèrent que les forêts revêtent une importance culturelle, spirituelle, sociale et émotionnelle, protéger les zones de feux de forêt ou les voir brûler peut s’avérer un fardeau particulier sur la santé mentale.
Les efforts en cours déployés par les organisations comme le Conseil national autochtone de la sécurité-incendie visent à autochtoniser la formation de la lutte contre les incendies. Ils cherchent aussi à développer la prévention des incendies et une formation en intervention d’urgence culturellement pertinentes, par et pour les communautés autochtones. Une formation autochtonisée met en valeur l’interconnectivité avec le territoire, incorporant les conseils des Aînés, des Gardiens du savoir, et des Gardiens traditionnels du feu, ainsi qu’une approche de partage du savoir.
Les exigences croissantes pour les pompiers municipaux de répondre aux feux de forêt
Les pompiers municipaux et de bâtiments possèdent un savoir-faire sur les feux dans des édifices et d’autres infrastructures, et sont formés pour répondre à des situations médicales, à des accidents de voiture, et à des marchandises dangereuses. Le terme incendie en milieu périurbain fait référence au fait que le feu sort des forêts et menace les personnes et les propriétés dans des zones urbaines et en banlieue. Les municipalités où se produisent des feux en milieu périurbain tendent à compter fortement sur les pompiers payés sur appel et les pompiers volontaires.
Partout au Canada, ces pompiers volontaires peuvent répondre en moyenne à un ou deux appels par semaine, apportant de l’aide pendant environ 20 à 35 minutes. Pourtant, dans le contexte des incendies actuels, on demande aux membres du personnel de s’éloigner de leur maison pendant des semaines, voire des mois, à la lisière d’un feu. Cela augmente l’impact sur leur santé physique et mentale.
Étant donné ces exigences supplémentaires sur tous les pompiers, on appelle à la création d’une administration nationale des incendies. Celle-ci pourrait coordonner conjointement les interventions sur les infrastructures et les forêts, impliquer les chefs pompiers partout au pays dans les discussions en matière de politiques, et le gouvernement pourrait la financer afin de répondre au besoin croissant.
Soutiens actuels en santé mentale
Les soutiens en santé mentale offerts aux pompiers forestiers continuent d’augmenter. Les programmes Avant le stress opérationnel, Objectif résilience, et Resilient Minds pour les pompiers forestiers sont des soutiens proactifs. Ils visent à améliorer la préparation mentale pour faire face aux traumatismes et aux autres facteurs de stress professionnel. Resilient Minds for Indigenous Responders incorpore des éléments de la vision du monde des Autochtones, ainsi que des aspects particuliers de l’expérience autochtone, comme les traumatismes intergénérationnels et les premiers répondants au sein de la communauté. L’usage de ce type de programmes proactifs est plus répandu, bien que davantage d’études sur leur efficacité s’avèrent nécessaires. De plus, le personnel de soutien clinique sur les premières lignes et dans les centres de commandement devient lentement plus courant, comme on a constaté en Alberta durant la saison des feux de forêt 2025.
Le soutien aux personnes à la suite d’un incident critique s’obtient également, sous forme de programmes de Gestion du stress à la suite d’un incident critique (GSIC). Les programmes de GSIC s’appuient en grande partie sur le soutien par les pairs volontaires, et agissent comme une sorte de « premiers soins » en débreffage après qu’un incident critique se soit produit. Les animateurs peuvent orienter les personnes qui ont besoin de suivi vers des ressources supplémentaires ou des professionnels de la santé mentale.
On a suggéré de réévaluer rapidement certains autres aspects des soins à la suite d’un incident critique. Cela inclut les nombreuses enquêtes simultanées effectuées après un décès sur la première ligne, un processus qui peut s’avérer difficile et traumatisant pour les personnes impliquées.
Recommandations pour aller de l’avant
Des preuves solides existent indiquant la prévalence répandue des problèmes de santé mentale chez les membres du PSP. Cependant, on doit toujours présenter des données concluantes concernant les approches en santé mentale les plus efficaces pour remédier à ces problèmes. Nous devons comprendre quels éléments fonctionnent, dans quelles situations, et pour quel membre.
La stigmatisation liée à la santé mentale persiste au sein des secteurs du PSP. Une stratégie qui admet la nécessité de faire face à un traumatisme au travail et qui encourage la demande d’aide en la présentant comme une clé pour l’excellence opérationnelle pourrait s’avérer efficace. En effet, en considérant la santé mentale et le bien-être comme une compétence centrale de la lutte contre les incendies, cela pourrait s’avérer bénéfique.
Les saisons de feux de forêt s’intensifient à cause des changements climatiques et les exigences physiques et mentales auxquelles font face les pompiers continueront d’augmenter. Une approche qui porte l’attention sur la prévention et la préparation plutôt que sur l’intervention, autant dans le domaine de la lutte contre les feux de forêt que de la santé mentale. Elle s’avèrerait efficace pour répondre aux enjeux à venir.
Sommaire rédigé par Kara Vincent.